vendredi 4 mai 2007
Irgendwie, irgendwo, irgendwann.
- Ah tu es déjà là? On avait rendez-vous?
- Non, pas de rendez-vous mais tu sais bien que je n'ai pas besoin d'en prendre pour te voir.
- C'est vrai. Des fois je me demande même si on se croise par hasard ou si, en fait, tu m'attendais au coin de la rue.
- Si je te dis que c'est par hasard, tu me crois?
- Oui… enfin… disons que je préfère le croire.
- Si je te dis que des fois tu es passé à côté de moi sans même me remarquer, tu me crois?
- Arrête s'il te plait, tu sais bien que ce n'est pas par mauvaise volonté ou mauvaise foi. Parfois je pense à toi mais je suis occupé, j'ai des projets, ou je profite de la vie tout simplement et je t'oublie.
- Mouais, tu as aussi tes moments de tristesse à ce que je sais. Et même là tu ne penses pas à moi?
- Ben non, je pense à ma tristesse et ensuite à comment être heureux mais curieusement je ne me vois quand même pas trop avec toi.
- Pourtant beaucoup me trouvent plutôt séduisante. Pas tout le temps bien sûr, on a tous nos mauvais jours mais il faut laisser de côté les apparences.
- Tu as du charme, je dois avouer. Je n'y suis juste pas sensible. Chacun ses goûts et moi je suis né avec d'autres.
- Alors que tu n'as personne dans ta vie en ce moment, personne qui pense à toi.
- Ca n'a rien à voir, question d'affinité, je ne peux pas non-plus chercher à te rencontrer quand ca ne va pas juste pour combler un vide.
- C'est sûrement mieux ainsi, j'ai bien remarqué que tu n'es pas du genre à appeler.
- Ecoute, je t'apprécie mais je peux pas, enfin je ne veux pas ou plutôt disons que je ne peux pas car je ne veux pas. Tu m'excuses?
- J'ai l'habitude, c'est la vie.
- Ton ironie me plairait presque. Et si moi maintenant je te disais qu'à ton contact je me sens vivant, c'est un compliment?
- Il faut me respecter, pas me taquiner, je te laisse le soin de savoir où se situe ton "compliment".
- Excuse-moi, je dépasse les bornes.
- Tu t'excuses souvent, c'est pas bon, même avec moi.
- Alors, tu m'excuseras une dernière fois mais là je m'en vais, pas que ta compagnie soit désagréable mais… mais on a plus rien à se dire. Du moins là maintenant.
- Je ne te retiens pas, ce n'est pas le jour de toutes manières. J'espère que tu seras plus bavard à notre dernier rendez-vous, les gens m'oublie souvent et n'en ont plus assez de leur dernier souffle pour exprimer tous leurs regrets.
- J'aimerais pouvoir te regarder dans les yeux, être en paix, quand tu m'emmèneras, mais je sais déjà que j'aurai peur. Excuse-moi si je ne suis pas à la hauteur.
- Bien peu le sont, quand sonne la dernière heure, ne t'en fais pas. Adieu.
- Adieu
- Et une dernière chose, arrête de t'excuser auprès de moi.
lundi 2 avril 2007
Saudade
Tu me manques.
Plus le temps passe, plus je perds espoir de te voir un jour. Même si je crois t'apercevoir, même si je crois te reconnaître chez une autre, ce n'est qu'un pâle reflet et le manque, rendu plus amer par la frustration, me deviens chaque jour plus insupportable. L'espoir se meurt mais mais je ne le laisserai jamais s'éteindre, car je ne veux pas mourir. Je veux continuer de croire que je te trouverai, un jour, sur je ne sais quel chemin. Ce jour-là je pourrai te dire tout ce que je rêve de te dire; que je suis un étranger partout où je mets les pieds, même sur ma terre, mais qu'avec toi j'ai retrouvé ma libérté. Je peux fouler n'importe quel sol, jamais je ne serai étranger, car c'est à toi que je t'appartiens, toi qui completes chaque envie, qui ressens ce que je vis, qui comprends ce que personne n'a jamais pu avant. Je t'emenerai danser là où les saisons n'existent pas, seule compte la chaleur, où le rythme n'est pas mélancolique, tout en le devenant parfois sous l'intensité de la passion, une terre de lait et de miel pour souligner l'abondance de mon amour pour toi... et tu aimeras ca. Je t'emenerai contempler la vie là où le temps ne compte pas, seule la présence des bien-aimés compte, où tout à un sens et devient une bénédiction pour celui qui est prêt à la recevoir, une terre sainte pour souligner la pureté de mon amour pour toi, celle que je ne cesserai de contempler... et tu aimeras ca. Je t'emenerai là où tout le monde est étranger, seule la personnalité et non-pas l'origine compte, où on peux changer de continent en changeant de quartier et faire le tour du monde en une journée, une terre apatride pour souligner mon appartenance envers toi seule... et tu aimeras ca.
Tu me manques et je me sens perdu.
Je cherche à remplir tout ce vide mais il semble sans fond. A te chercher aux quatres vents je découvre de nouvelles choses et me les approprie pour ne plus pouvoir m'en séparer. Seulement, on ne prend jamais rien inconditionnellement et sans m'en rendre compte j'ai laissé une part de moi en échange. Qu'est ce que je pourrais encore t'offrir? Quelle part est restée encore intacte? A un moment ou un autre, l'équilibre a été brisé et je ne me sens plus capable de retrouver toutes ces parts perdues et les remettre à leur place. Si je t'aime tant c'est que toi tu as cette capacité, celle de tout combler, que jusqu'à présent personne d'autre n'a pu recréer.
Tu me manques mais je dois t'abandonner.
Je comprends maintenant que le problème n'est autre que moi. Je ne te retrouverai jamais car tu ne peux exister. Je t'ai imaginé, t'ai donné un visage, une personnalité. Tout le monde me paraît alors si fade comparé à toi, si compliqué, si imperméable. Sûrement qu'en t'abandonnant j'arrêterais de cultiver ce deséquilibre et serai enfin libre de laisser quelqu'un prendre la place. Je réalise surtout que je n'ai pas d'autre choix et c'est bien toi-même qui ne m'en laisse pas d'autre. Je dois t'abandonner car de toute facon même si tu existais, que je te rencontrais, que je te séduisais, ... même si tu existais, tu n'aurais aucune raison de t'éprendre de moi.
lundi 12 février 2007
Por un beso de su boca voy al cielo y hablo con Dios. Alcanso las estrellas de emocion.
Un dimanche pluvieux, aussi triste et sale que le désespoir d'un vendredi soir alcoolisé, entouré de démons réels et imaginaires.
Un dimanche pluvieux, aussi neutre et libre d'attente que l'euphorie d'un samedi soir alcoolisé, entouré de gens de valeur.
Un dimanche pluvieux, aussi dégoulinant et suintant que mes espoirs de jours meilleurs.
J'ai un après-midi à perdre, un café à trouver et un journal venu de ma terre d'origine. Les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent, aurait dit le bernois. C'est pas grave, le monde ne m'interesse plus et, assis à ma table, il se tait à chaque fois qu'elle me passe devant les yeux. Elle est blonde, c'est curieux, d'habitude je ne me laisse pas si facilement déconcentrer par les blondes. C'est peut-être le contraste avec dehors, elle est lumineuse, tout chez elle est harmonieux, peut-être le contraste avec moi aussi, elle sourit, semble heureuse. De travailler aujourd'hui n'a pas l'air de l'embêter, elle se dit surement que c'est la meilleure manière de passer un dimanche d'hiver froid, pluvieux, perdu. De constamment passer de table en table me permet de l'observer, j'aime déjà ses yeux, bleus, qui se plissent et se rouvrent grand pour accentuer ces phrases, ses lèvres dont elle a discretement souligné les traits, son cou qui pourrait allégrement ravir la place du premier baiser, et ses seins, mon Dieu, ses seins, ou plutôt ses Seins, mon dieu, ses Seins, quelle bonne idée cette chemise blanche où le bouton de trop a joué les rebelles, l'harmonie vient peut-être d'ici, une chemise blanche et un jean's sont facilement banal mais chez elle c'est doux aux yeux, comme sa poitrine qui attire le regard sans jamais réelement s'exhiber, ne se dévoilant qu'une fraction de seconde à celui qui aura guetté l'heureux mouvement de cette chemise blanche, faisant regretter que le dernier bouton ne joue pas lui aussi les rebelles, il m'empêche de percer les mystères de ce ventre plat, je dois alors imaginer comment seraient les lignes de l'aine, celles qui guident chaleureusement sur le chemin, un chemin plus réel et bien plus agréable que celui de l'indiscrétion dont je fais preuve, dont je me serais repenti quelques année plus tôt, regarder afin de pénétrer l'intimité, contempler afin de se l'emparer, déjà en pleine transgression des limites ne me donne alors aucune honte de m'attarder sur ce jean's si serré, ses fesses sont sculptées, des courbes parfaites, l'entre-jambes m'augmente la pression, trop de transgression, trop loin des limites, la honte commence, le monde, quelles nouvelles du monde, que dit le monde…
Les clients du café ont l'air de s'être mis d'abord pour commander au moment où je suis entré. Elle court du bar aux tables, me fait un signe ou me lance juste un regard à chaque passage pour me dire d'être patient, qu'elle ne m'oublie pas. Ne t'inquiète pas mademoiselle, j'ai mon temps, tout mon temps, je te remercie même de me donner une excuse pour te suivre du regard. Elle est belle, elle est gracieuse, ce n'est pas qu'elle a tout mais plutôt qu'elle est tout. Et voilà qu'elle arrive enfin, mais maintenant calmement, les clients sont servis, recommencent à parler entre eux, commencent à disparaître pour ne laisser qu'elle et moi. Si calme, si posée –Bonjour monsieur, qu'est-ce que je vous sers? –Un café s'il vous plaît. Pardonnez mes manières un peu trop directes mademoiselle mais j'aimerais vous dire que vous êtes très belle. Disons que je ne suis pas dans mon état normal, d'ailleurs la tête me tourne, je semble flotter entre deux mondes et ici plus rien ne compte, mes pensées deviennent des paroles et les conséquences directement reléguées aux rangs de souvenirs. Je peux même lui demander comment elle va, tandis qu'elle fait remarquer qu'apparement va sûrement mieux que moi, est-ce que ca se voit autant que le week-end était long? Elle prend son temps, attend presque la question suivante, finit par me dire qu'elle me voit souvent, qu'on habite pas loin, se demande pourquoi j'ai l'air mélancolique, à chaque phrase elle baisse un peu le ton de sa voix, les clients ne sont pas loin, ce qui la fait se pencher à chaque phrase un peu plus près de moi. Est elle seulement au courant de l'existance de son bouton rebelle? Si ses yeux sont les seuls garde-fous capable de me retenir du faux-pas, pourquoi les détourne-t-elle aussi régulièrement? Mon cerveau sature de se concentrer sur ses phrases, de devoir en formuler d'autres qui aient du sens, d'enregistrer le film de sa chemise qui s'ouvre lentement, de voler des images de sa poitrine, de choisir entre les lèvres ou le cou. Va-t-en s'il te plaît mademoiselle, je ne suis pas préparé pour sortir brutalement de mon état de flottement. Après un ultime sourire elle s'en va faire mon café, me l'apporte, et j'essaye de lire des nouvelles d'un monde que je ne connaîs plus. Pendant une heure je tourne des pages et remercie silencieusement chaque client qui l'interpelle, l'obligeant à passer devant moi. Je fais bien de me lever et d'aller jusqu'à elle pour régler l'addition, au moins suis-je capable de rester fixé sur ses yeux, nos bras se touchent, ca n'a pas l'air de la déranger, elle me sourit encore, me salue. En refermant la porte derrière moi je profite de lancer un dernier regard, je vois qu'elle me regarde partir, juste pour ca je voudrais retourner vers elle et l'embrasser, la porte se referme.
C'est un dimanche pluvieux, de ceux qui ne leur manque qu'une bonne chanson mélancolique.
Je me repasse tous les films, revivre cette heure pour bien la graver dans ma mémoire, mais ce n'est déjà pas facile, je l'imagine marchant à côté de moi, je la vois m'attendre dans mon appartement, je l'entends placer dans la conversation que son service finit à 22h et qu'elle m'espère. Chez moi, le temps passe inutilement, aucun moment ne peut prétendre être de qualité, aucune activité ne cherche à rivaliser avec Elle. A l'approche des 22h le doute m'envahit. Pendant que mon combat visuel occupait toute ma concentration, n'a-t-elle effectivement pas dit finir à cette heure-ci? Passant par l'espoir, le découragement, le vertige et le vide en cinq minutes, je décide qu'une balade ne m'engage pas trop. Je passe vers le café, ralentis à l'approche de la porte, m'arrete, attends dix secondes, commence à m'insulter, veux repartir, regarde l'heure, m'insulte, commence à avoir chaud, regarde l'heure, entends du bruit, m'apprête à courir, puis dis bonsoir et souris… j'aime son manteau, il cache completement son corps, je respire de nouveau, elle demande qu'on passe d'abord chez elle, des affaires à déposer. Elle n'a pas l'air fatiguée. La tête se remet à tourner en entrant, en portant ses mains à son manteau je ne m'attendais pas à ce qu'elle le retire, elle va nous préparer du thé, je la suis jusqu'à la cuisine mais je n'y entre pas, je la regarde, je ne dis rien, je l'aime. Plus tard, au salon, elle me redit m'avoir souvent vu. Je suis assis très proche d'elle, elle tourne souvent le regard, moi pas, je me décide pour le cou, ma main se pose sur sa joue, sa respiration se suspend, deux éternelles secondes passent, le souffle se relache, le signal pour l'embrasser. Je ne sais pas quoi faire de mes mains, j'ai tellement admiré son corps que je n'ose pas le toucher, une œuvre d'art qu'on ne voudrait pas salir. Ma main quitte sa joue, effleure son épaule, son flan et s'arrête sur sa hanche, endroit neutre. On se s'embrasse plus, on se regarde, elle pose sa main sur la mienne, la guide jusqu'au ventre, au fur et à mesure de la montée elle détourne le regard, encore, je peux alors regarder ma main arriver jusqu'à sa poitrine. Sa respiration se suspend, deux éternelles secondes passent, le souffle se relache, le signal pour déboutonner sa chemise, lentement, je devine son ventre plat, ma tête tourne de plus en plus, je vois de moins en moins, je flotte de nouveau …
Monsieur, monsieur…Bonjour monsieur, qu'est-ce que je vous sers?
–Un café s'il vous plaît… Pardonnez mes manières un peu trop directes mademoiselle mais j'aimerais vous dire que vous êtes très belle.